Julien Moutinho (julm)

Informaticien apprenti-libriste

http://git.autogeree.net/

Bonjour les internets,

Je suis un usager fidèle de l’espace calme de la Renouée, où j’ai accès à de l’électricité de centrales par EDF, à de l’Internet de centres de données par France Télécom Orange, et à une communauté conviviale par Toutatis ! ٩(^‿^)۶

Mon domaine de compétences c’est la recherche scientifique en informatique 💻, et ce qui m’intéresse c’est de la mettre au service d’un réoutillage convivial 🚲, favorisant la capacité de tous et toutes à façonner notre environnement immédiat. Vaste programme… qui pour moi se résume à orienter mon énergie personnelle et mes préférences vers des systèmes techniques qu’on peut se fabriquer, se bricoler, se partager, voire mettre en commun.

Actuellement par exemple, je me prends la tête sur la conception de langages et d’outils pour faire en mode texte tout ce qui peut l’être et m’est utile : des documents techniques, des bases de données, des requêtes et autres calculs et vérifications de calculs.

Vous vous en doutiez, tous les logiciels que j’utilise ou que je produis pour cela sont libres 🗽, c’est-à-dire peuvent être légalement utilisés, étudiés, modifiés, et/ou partagés par tous et toutes. Parfois même obligent leurs réutilisateur·rices à la réciprocité de ces libertés. Il adviendra peut-être même un jour heureux où ces logiciels aussi susciteront des communautés qui s’en occuperont, et feront que leur recettes deviennent notre commun, notre co-propriété d’usage, voire une partie de notre culture. Enfin bon, j’ai là un rêve qui peut durer encore longtemps… vu qu’en économie à dominance capitaliste : faire uniquement du commun est un business plan plutôt déficitaire 📉.

Car si le Logiciel libre n’a pas de prix, il a quand même un coût (de conceptualisation, d’implémentation, de partage, de maintenance, de réparation et de menus financements en tout genre), que n’assument bien souvent pas beaucoup de leurs (ré)utilisateur·rices… (︶︹︶) Et ce n’est pas souvent que les financements publics ou solidaires viennent à la rescousse, surtout que les communs demeurent absents tant de la loi ESS de 2014 que de la définition légale de l’utilité sociale…

Tenez, qui parmi vous adhère ne serait-ce qu’à l’Association de promotion et de défense du logiciel libre ? Pourtant vous utilisez tous et toutes des logiciels libres, puisque vous lisez ce texte via Internet, lequel fonctionne en écrasante majorité grâce à eux. Ha!

En fait, les deux se co-engendrent mutuellement, dans la mesure où lorsque les logiciels sont libérateurs, ils abolissent les barrières légales et techniques pour faire de l’Internet, et où réciproquement au plus l’Internet connecte un grand nombre de personnes, au plus les processus, les algorithmes et autres articles de lois inscrits dans le code des logiciels libres, répondent mieux aux intérêts du plus grand nombre.

Vous vous rappelez vos cours de capitalisme première année ? Ceux qui parlaient du monopole par le petit nombre de la propriété des moyens de production, non seulement pour extorquer le profit-surtravail (ce que prennent les entre-preneurs), mais aussi pour filtrer voire dicter les idéologies juridiques, politiques, religieuses, artistiques, philosophiques, scientifiques, etc. ? Et bien voilà, avec les câbles, les ondes, les protocoles, les standards, les routeurs, et jusqu’aux silos de données d’Internet : on a un cas d’école pour étudier à quel point défendre notre liberté de penser exige des médias libres. Libres des pressions publicitaires, libres de la propriété lucrative, libres des féodalités économiques.

Dans ce vaste réseau, être propriétaire des routes et des routeurs de l’information, permet de favoriser plus ou moins subtilement les contenus auxquels on trouve un intérêt. Du coup, si nous voulons que l’Internet nous permette d’écrire — de produire, et pas seulement de lire — de consommer : être soi-même un bout d’Internet c’est capital… Ne serait-ce que pour défendre la neutralité de l’infrastructure. Car d’Internet aussi les capitalistes ont intérêt à nous exproprier…

Si vous êtes du Plateau, vous pouvez élargir un peu le nombre des prosommateur·rices qui résistent comme il·les peuvent aux envahisseurs capitalistes, en adhérant comme moi au fournisseur d’accès Internet Libre en Corrèze. À moins évidemment que vous n’appreniez à ne plus vous en faire et à aimer ces belles petites choses si chaleureuses dans vos mains, ces boîtes aussi noires que les anneaux de pouvoir.

Que vous appréciez l’omniprésence dans nos vies du Minitel 2.0, du sombre « cloud » et autres machineries obscures d’accaparement, de concentration et d’espionnage qui envahissent non seulement nos biens de consommation libidinale, ludique et marginale, mais aussi et surtout nos biens d’équipement (téléphones, tracteurs, …). Comparez cela à la convivalité d’un atelier de quartier « dévirtualisons Internet » ou à un hébergement de vos données chez vous, plutôt que dans une de ces forteresses ultramodernes de nos solitudes connectées.

Voilà pour ma minute « libertés numériques », n’hésitez pas à valoriser et exercer vos libertés en vous investissant dans l’un des fournisseurs qui vous garantit de la respecter, simplement parce que vous serez vous-mêmes directement aux commandes de votre fournisseur. C’est éprouvant de prendre nous-mêmes les choses en mains, mais à terme, à plusieurs et en général, ça marche bien mieux pour nous que pour eux

Bon, tout ça c’est bien beau, mais toujours est-il que pour le moment c’est pas Internet qui reconnait économiquement mes jusque là inutiles travaux. C’est pas grave, du coup comme c’est moi seul qui supporte cette recherche, c’est moi seul qui décide quoi faire et comment :-P. Et tant pis si cela n’aboutit pas à des logiciels utiles, c’est déjà de bien beaux poèmes m’est avis ;-). Si comme moi de votre côté vous vous plaignez de logiciels, qu’on vous impose, qu’on vous change, ou qui n’existent pas : songez qu’après tout, on a les outils qu’on se donne collectivement les moyens d’avoir ¯\_(ツ)_/¯

En particulier et un peu paradoxalement, j’écris ces temps-ci un logiciel pour faire de la comptabilité professionnelle en mode texte 📒. Ce qui en général est la seule chose qui intéresse autrui, mais qui donc n’est qu’une application bien particulière et limitée de cette recherche ; dont je suis heureusement loin d’être un pionnier.

Plus généralement je recherche donc jusqu’à quel point il est possible, juste avec du langage écrit : de combiner la liberté d’expression, la transparence des données et la pérennité du format papier 📝, avec la capacité de partage, la facilité de modification et la vitesse d’analyse de la machine informatique 📁.

En marge de cette recherche, mais toujours en tirant le fil rouge du réoutillage convivial de notre société industrielle, il m’arrive de prendre du temps pour bidouiller de petits prototypes, dernièrement par exemple pour faire des jugements majoritaires ou des tirages au sort publiquement vérifiables.

La Renouée est l’accueillant vaisseau social qui me permet de travailler à Gentioux, plutôt que dans un bureau aseptisé d’une université parisienne, ou dans la fausse coolitude d’un open space de startup. Et j’y trouve plutôt mon compte, même si l’éloignement des dynamiques académiques ne favorise pas vraiment les échanges savants concernant le mouchoir de poche de mon domaine de compétences, et ne me laisse comme avenir professionnel — je ne le crains — que d’être un éternel précaire au RSA de la Pôlice Emploi.

Car bon, vu la décomposition dans mon pays la France, des solidarités de classe et des consciences de classe des classes dominées (les autres vont bien, merci pour elles), c’est pas demain la veille qu’on aura une Sécurité sociale démocratique venant reconnaître du travail dans l’Informatique libre. Et encore faudrait-il qu’advienne le monde qui va avec : monnaies communes, chambres de compensation communes… Bref, avec les institutions qui définissent à ce jour ce qui a ou n’a pas de valeur économique, ume informaticien·ne libriste peut difficilement vendre sa force de travail ou ses incertaines recherches. #SAD

Bon, et une dernière chose très importante, si jamais — je ne vous le souhaite pas, mais personne n’est à l’abri — vous éprouviez le besoin d’aller aux cabinets d’aisance 🚽 : la Renouée est bien équipée, vous pouvez viendre sans crainte 😉 Oui oui, même vous qui êtes persécuté·es, mutilé·es, empoisoné·es, voire torturé·es au quotidien à cause d’une dysbiose intestinale de type Crohn et/ou RCH, ou autre 💩…

Ben voilà, c’est à peu près tout ce que je fais à la Renouée.
Soyez libres ! (car c’est ce que vous voulez, n’est-ce pas ?)
— Julien Moutinho (@julm) <julm+renouee@autogeree.net>

PS. Pour celles et ceux d’entre-vous enclin·nes à la sorcellerie informatique. Côté logiciels j’utilise principalement : le langage de programmation Haskell (car son correcteur sémantique m’évite beaucoup d’erreurs), le système d’exploitation GNU/Linux (car je n’aime pas être exploité), soit via NixOS (lorsque j’ai besoin que ce qui fonctionne sur ma machine fonctionne de même sur celles d’autrui, et vice et versa), soit via Debian (pour les machines ésotériques), les éditeurs de texte structuré ViM (si je suis pressé) ou Emacs (si j’ai le temps), le gestionnaire de fenêtres XMonad (car je n’aime pas perdre du temps à aligner et chercher mes fenêtres). Côté matériels : une Brique Internet, du Lemote, et à défaut de matériel ouvert aussi puissant existant, du Lenovo et du PC Engines.